
Il y a quelque temps, Sophie Durocher publiait une opinion dans laquelle elle indiquait en avoir ras-le-bol de l’écriture inclusive. De son point de vue, l’écriture inclusive contient tellement de néologismes (mots qui n’existaient pas avant) qu’il devient difficile de comprendre les textes et de savoir exactement à qui on s’adresse.
*Avant de poursuivre, dans son article, Sophie Durocher s’étonne de l’utilisation du mot creìateur·rice·s par le Salon du livre de Montréal. Me questionnant moi-même sur ce mot, j’ai découvert qu’il s’agissait vraisemblablement d’une erreur de frappe que le Salon a corrigée depuis. Des recherches sur le web m’indiquent également que ce mot semble seulement présent dans des textes traduits, qui ont mal transcrits le é. Il ne semblerait donc pas en usage.
Qu’on soit d’accord ou non avec son point de vue, un élément est incontournable en matière d’écriture inclusive: il faut tenir compte de son public cible. L’écriture inclusive est une philosophie générale d’écriture, qui contient une pluralité de techniques. Parmi ces techniques se trouve le recours aux néologismes, mais c’est loin d’être la seule. D’ailleurs, je recommande rarement d’utiliser des néologismes dans des textes, car ils sont plus difficiles à comprendre pour une pluralité de personnes.
C’est là l’erreur à ne pas commettre : se concentrer sur le message d’inclusion sans se demander si son public va comprendre. L’inclusion ne s’effectue pas seulement sur le plan de la représentation des femmes, des hommes et d’autres genres, mais aussi en s’adressant à tous les publics, incluant à des personnes qui ont divers niveaux d’alphabétisation, des handicaps visuels, etc.
Pour rendre vos textes accessibles à un grand nombre de personnes, voici 5 questions à se poser pour choisir les techniques appropriées de rédaction inclusive :
1- À quel endroit est situé votre public cible?
Selon si votre public est situé au Canada ou en Afrique par exemple, le langage courant peut varier, ce qui fait que certaines expressions ne seront pas comprises ou pourront avoir une signification différente. Attention aux néologismes dans ce cas.
2- Votre texte se lit-il bien à l’aide d’un logiciel de lecture d’écran?
Les personnes qui ont des handicaps visuels peuvent recourir à des logiciels qui effectuent une lecture à voix haute des textes. Lorsqu’un mot est écrit avec un point médian, un point ou une formule contractée (par exemple auteurice), le logiciel peut alors le prononcer d’une façon difficilement compréhensible pour une personne qui ne voit pas le mot. Dans ce cas, il est mieux de privilégier d’autres techniques, comme le recours aux mots épicènes.
3- Votre public a-t-il le français comme langue maternelle?
Apprendre une nouvelle langue n’est jamais facile, mais si vous avez une clientèle internationale, vous pouvez faciliter l’appropriation de vos écrits grâce à des techniques bien choisies. Par exemple, au lieu de recourir à des néologismes ou des formes tronquées (lorsqu’on met un point médian, une barre oblique, un point), vous pouvez recourir à l’utilisation du vous et rédiger votre texte en vous adressant directement à votre public. « Vous lisez un texte » devient alors plus inclusif que « vous êtes un lecteur ».
4- Quel est le niveau d’alphabétisation de votre public?
Tout comme pour le point précédent, si vous savez que votre public a des niveaux de compréhension variés, allez-y avec un vocabulaire simple (sans néologismes), en vous adressant directement à votre public, à la voix active.
5- Quel est le but de votre texte?
Votre texte a-t-il pour but d’informer, de convaincre, d’éduquer? Si, par exemple, votre texte a pour but de convaincre des gens, adressez-vous au public directement avec la forme impérative (comme je viens de le faire ici). Ainsi, une phrase du type « achetez immédiatement ce produit pour vous faciliter la vie » sera plus inclusive qu’une phrase rédigée à la voix passive contenant plusieurs adjectifs genrés.
Ces questions vous aideront sans doute à mieux rédiger pour rejoindre le plus grand public possible. N’oubliez pas qu’en cas de doute, vous pouvez faire appel à moi pour réviser vos textes et les rendre inclusifs.

